Chez Sony, la création de la PlayStation ne résulte pas d’un plan stratégique classique, mais d’une initiative interne d’un ingénieur. Les dispositifs de soutien à l’innovation ne suivent pas toujours le schéma hiérarchique traditionnel. Les équipes bénéficient parfois d’une autonomie exceptionnelle, contournant les procédures habituelles pour accélérer le développement de nouveaux projets.
Ce mode de fonctionnement a permis l’émergence de produits inattendus et la redéfinition des pratiques managériales. Les résultats obtenus questionnent la frontière entre rigidité organisationnelle et liberté de création, tout en révélant les leviers d’un modèle qui privilégie l’expérimentation et l’engagement des collaborateurs.
Pourquoi l’intrapreneuriat transforme les entreprises de l’intérieur
L’intrapreneuriat n’est pas une simple extension du modèle entrepreneurial habituelle. Il trace sa propre voie au sein des grandes entreprises, à l’image de Sony, fondée en 1946 par Masaru Ibuka et Akio Morita. Ici, l’esprit d’initiative s’impose comme une boussole, révélant la véritable nature de la culture d’entreprise et accélérant la naissance de projets innovants. Sony, avec la PlayStation conçue par Ken Kutaragi, montre à quel point des idées novatrices peuvent surgir en interne, loin des attentes du marché.
Cette dynamique d’innovation s’appuie sur des pratiques ouvertes et concrètes. Les équipes travaillent en cocréation, partagent leurs idées sans filtre et expérimentent sans craindre l’échec. Sony cultive une logique d’open innovation qui encourage la collaboration entre métiers et stimule l’imagination. Chacun est invité à devenir intrapreneur s’il a l’audace de sortir du cadre.
Voici ce qui rend ce modèle si particulier :
- Autonomie des individus : chaque talent peut porter un projet intrapreneurial sans être freiné par les circuits classiques.
- Reconnaissance des initiatives : l’histoire de la PlayStation, d’abord contestée par la direction, montre la force de la prise de risque interne.
- Transformation progressive : en donnant confiance à ses équipes, Sony a renouvelé son identité et stimulé l’engagement de ses collaborateurs.
L’intrapreneuriat n’a rien d’un effet de mode. Il traduit une vision humaine et stratégique où l’innovation d’entreprise devient un levier de croissance et d’adaptation aux défis contemporains. Sony, aussi bien au Japon qu’en France, en offre une démonstration éclatante.
Quelles sont les spécificités de l’intrapreneuriat chez Sony ?
Ce qui distingue l’intrapreneuriat chez Sony, c’est sa présence dans chaque division : technologie, mobilité, éducation… Ce n’est pas une politique imposée d’en haut, mais le fruit d’une culture qui valorise la prise d’initiative, la liberté créative et le goût du risque maîtrisé. Ken Kutaragi, qui a porté la PlayStation à bout de bras, incarne ce pouvoir de bousculer les habitudes pour faire émerger des projets inattendus.
La marque n’hésite pas à investir dans des territoires surprenants, de la voiture électrique VISION-S aux drones professionnels Airpeak. La division Sony Interactive Entertainment innove avec la réalité virtuelle (PlayStation VR2) et la manette DualSense. D’autres équipes développent des outils pour l’éducation (Sony Global Education, Toio) ou s’engagent pour la durabilité, comme avec Triporous.
Pour illustrer la diversité des approches, plusieurs atouts structurent cette démarche :
- La transversalité des savoir-faire : ingénieurs, designers et marketeurs travaillent main dans la main, du concept au produit fini.
- La mise en œuvre rapide : le prototypage, les tests utilisateurs et les cycles courts favorisent l’agilité et l’amélioration continue.
- L’ouverture sur l’extérieur : un dialogue constant est entretenu avec des partenaires universitaires, industriels et créatifs.
Julien Lehmann, responsable marketing chez Sony Pictures, s’inspire par exemple du jeu vidéo pour réinventer la stratégie de communication des films. Cette capacité à mixer les univers, cinéma, musique, technologie, donne au groupe un vrai souffle d’innovation. L’identité Sony s’appuie sur trois piliers : innovation, créativité, exigence. C’est ce socle qui permet à chaque intrapreneur de repousser les frontières de son métier.
Des stratégies concrètes pour stimuler l’innovation en interne
Chez Sony, l’intrapreneuriat est une réalité tangible. L’entreprise a mis en place des mécanismes précis pour encourager la créativité et accélérer l’éclosion de nouveaux projets. Dans la recherche & développement ou le marketing, chacun peut proposer des idées hors normes. Un comité transversal se charge d’examiner, de sélectionner et de soutenir financièrement les projets les plus prometteurs.
La collaboration avec des partenaires extérieurs est au cœur de cette dynamique. Sony collabore avec des universités comme l’Université de Tokyo, échange avec la JAXA, tisse des liens avec Manchester City ou des artistes tels qu’Adèle et David Bowie. En multipliant les échanges entre secteurs, l’innovation collaborative prend tout son sens.
Plusieurs pratiques structurent ce mode de fonctionnement :
- Des cycles de prototypage courts, assortis de tests utilisateurs réguliers, qui permettent d’avancer vite sans s’enliser.
- L’utilisation d’indicateurs précis, nombre de produits lancés, croissance, retombées commerciales, pour piloter l’innovation de façon concrète.
Julien Lehmann, chez Sony Pictures Entertainment, exploite la puissance des médias sociaux et des influenceurs pour toucher les jeunes publics. Il adapte les méthodes du jeu vidéo à la promotion des films, créant ainsi de nouveaux leviers de différenciation. L’open innovation irrigue toutes les activités, du véhicule électrique à l’image professionnelle, en passant par la réalité virtuelle et l’écoconception.
L’esprit intrapreneurial : un levier d’engagement et d’évolution pour les collaborateurs
Chez Sony, la dynamique interne s’appuie sur une conviction forte : l’intrapreneuriat crée un véritable moteur d’engagement et accélère l’évolution professionnelle. L’exemple de Ken Kutaragi, à l’origine de la PlayStation, le prouve : une intuition individuelle peut devenir un projet mondial. L’entreprise encourage l’audace, pousse ses collaborateurs à défendre des idées qui cassent les codes et leur offre le cadre pour expérimenter en toute confiance.
Le management, loin de freiner la créativité, accompagne la montée en puissance des intrapreneurs. Ceux-ci bénéficient de dispositifs de soutien, d’un mentorat sur-mesure, et d’un accès facilité aux ressources techniques ou marketing. Ce climat de confiance et de responsabilisation dessine de nouveaux parcours professionnels : chez Sony Pictures Entertainment, Julien Lehmann adapte les recettes du jeu vidéo à la communication cinéma, soulignant la force du décloisonnement.
Plusieurs dynamiques concrètes émergent :
- Des passerelles actives relient les divisions jeux, musique, cinéma et imagerie.
- Des initiatives comme Sony Global Education ou Toio ouvrent la voie à des projets à fort impact sociétal.
- La reconnaissance par le collectif, davantage que l’avancement hiérarchique, nourrit la motivation et l’appartenance.
Grâce à une organisation souple et ouverte, Sony donne à ses collaborateurs la possibilité de devenir de véritables acteurs du changement. Ici, l’innovation n’est pas réservée à une élite : elle se partage, se cultive et s’inscrit au cœur du projet collectif. Chaque avancée, chaque pari gagné, vient rappeler que l’audace individuelle, lorsqu’elle est portée par une structure qui fait confiance, peut dessiner les contours d’un avenir inattendu.


